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Nous, habitants de Lisbonne, ne sommes pas opposés au tourisme – nous en mesurons parfaitement les enjeux financiers – mais souhaitons que notre ville ne devienne pas un vulgaire parc d’attractions.

Les excès du tourisme de masse s’imposent chaque jour un peu plus à nos lieux de vie, troublant leur fragile équilibre et salissant leur charme délicat. Ces dérives grossières ne sont pas une fatalité : elles résultent d’un manque de volonté politique et de l’attitude de certains touristes.

Nous disons ici ce que Lisbonne n’aime pas et en quoi cela ne profite à personne, et proposons des solutions essentielles, en espérant être entendus avant qu’il ne soit trop tard.

airbnb
airbnb

Locations à court-terme

« Bulle immobilière »… la formule est désormais lâchée pour illustrer la hausse vertigineuse des loyers et du prix du m² dans le centre de Lisbonne. Tandis qu’on atteint des prix parisiens dans le quartier du Chiado, Airbnb peut se prévaloir de plus de 10.000 offres de locations dans l’intra-muros. Le tableau est d’autant plus sombre que ce business se concentre toujours plus entre les mains de grands spéculateurs.

Nuisances pour les habitants

  • Disparition pure et simple des communautés locales des quartiers centraux, rejetées vers la banlieue plus ou moins proche.
  • Pressions constantes et pratiques douteuses envers les petits propriétaires de la part d’agents immobiliers et investisseurs cupides.

Désagrément pour le touriste

  • Le charme et l’identité de Lisbonne reposent avant tout sur sa vie locale, ses scènes et ses usages, qui entretiennent l'atmosphère pittoresque des vieux quartiers. Pour pallier le vide d’habitants, faudra-t-il à l’avenir payer des figurants ou créer une réserve d’ « indigènes typiques » dans le centre-ville ?
Tuk-tuk
Tuk-tuk

Tuk-Tuks, Segways, Go-cars...

Inconnus il y a moins de 3 ans, des nuées de véhicules touristiques ont envahi la ville au point que même la mairie n’est actuellement pas capable de les dénombrer, à commencer par les Tuk-Tuks qui sillonnent par centaines les quartiers du centre à l’affût de leurs proies. D’autres, tels que les Segways, sont parfaitement inutiles dans une ville comme Lisbonne, tandis que les Go-cars cumulent toutes les tares imaginables.

Nuisances pour les habitants

  • Lorsqu’il ne sont pas électriques, ces engins sont extrêmement bruyants et polluants, propulsés par des moteurs sous-dimensionnés poussés au maximum.
  • De par leur nombre, ils défigurent le paysage urbain et obstruent régulièrement certaines rues et points de vue, s’amassant tous dans les mêmes endroits.
  • Activité des plus désinhibantes pour certains touristes, dont les cris et la débauche laissent à penser qu’ils se croient à Dysneyland, avec l'aval complaisant de leurs chauffeurs (Tuk-Tuks).
  • Quant au Segways, ils sont aussi dangereux pour les piétons que pour leurs utilisateurs, ces derniers maitrisant peu leur engin (équilibre précaire) sur les pavés/pentes de la ville. La formation de 15 minutes avant usage sur la Praça do Comercio laisse perplexe : se souvenir qu’un des créateurs du Segway en est mort en tombant d’une falaise.

Désagréments pour le touriste

  • Tous ces véhicules sont limitants car ils ne permettent pas de se rendre dans les lieux les plus charmants de la ville, uniquement accessibles à pied (marches).
  • Tarifs élevés pour des prestations de qualité médiocre (le discours de la plupart des chauffeurs de Tuk-Tuks est affligeant de caricature et de superficialité).
  • Inconfortable au possible, les passagers subissant les cahots constants dus aux pavés, sans même mentionner l’impossibilité de se concentrer à la fois sur son équilibre et sur le discours du guide pour les utilisateurs de Segways.
cruise ship
cruise ship

Paquebots de croisière

Apothéose du capitalisme, des milliers de pigeons ayant laissé leur carte bancaire à la réception s’entassent dans un gigantesque clapier flottant, déversés le temps de quelques heures dans diverses villes de divers pays. L’abrutissement est total, la moutonnerie à son comble, la gloutonnerie répugnante, les prestations chères et médiocres, le piège est parfait.

Nuisances pour les habitants

  • Les immeubles flottants accostant devant Alfama défigurent le berceau de la ville et sont une insulte à ses 2000 ans d’histoire maritime aventureuse.
  • Pollution atmosphérique : les navires de croisière génèrent à quai une pollution de l’air intolérable pour les riverains (rejet d'oxydes de soufre, d'azote et de particules fines).
  • Pollution sonore : une désagréable musique de foire envahit régulièrement le quartier quand la croisière s’amuse avec laideur sur le pont principal.
  • Loin de représenter une manne pour les petits prestataires locaux, les croisiéristes enrichissent avant tout les compagnies de croisière elles-mêmes (vente d’excursions, etc.) et les gros établissements partenaires (capables d’accueillir des foules).
  • Se reporter à la critique du tourisme moutonnier, la majorité des grands groupes provenant des marées humaines déversées par les bateaux de croisière.

Désagréments pour le croisiériste

mass media
mass media

Conseils des médias de masse

La soudaine popularité de Lisbonne a vu fleurir nombre de sites internet (blogs, portails) et guides papier écrits dans le meilleur des cas par des experts en herbe loin d'avoir saisi la ville, et dans le pire des cas par de véreux personnages dissimulant un commerce (publicité, commissions, services, etc.) sous couvert de conseils.

Désagréments pour tous

  • Les « conseils » prodigués étant lus et crus par des millions de lecteurs/internautes, quand bien même ils sont globalement nuls, tout le monde se presse et se concentre dans les mêmes endroits. Exemple édifiant, la tour de Bélem : recommandée à l'unanimité, n'importe quel lisboète sait au contraire qu'il ne faut pas y entrer car elle présente un intérêt minime de l’intérieur et qu'on s'y retrouve toujours coincé (escalier étroit à sens unique).
  • Les « bonnes adresses » dévoilées par les médias de masse ne le sont plus dès lors qu’elles sont connues de tous, ne serait-ce que parce qu’on n’y croise plus que des touristes (s’ensuit une hausse des prix, etc.)
mass tourism
mass tourism

Etablissements pour touristes

Le tissu urbain est progressivement envahi par des commerces (boutiques, restaurants, maisons de Fado, etc.) qui n’ont de local que le nom (et encore, lorsqu’il n’est pas en anglais), créés sur mesure pour répondre à une demande touristique uniforme.

Nuisances pour les habitants

  • Remplacement lent mais sûr des petits commerces locaux qui faisaient le charme des vieux quartiers et la vie de leurs habitants.
  • Inflation des prix à la consommation.

Désagréments pour le touriste

  • Rapport qualité/prix souvent médiocre (nourriture, Fado, souvenirs…) en comparaison des commerces locaux.
  • Aucune authenticité, ou feinte : folklore caricatural destiné à la prise de cliché, au sens propre comme au figuré.
mass tourism
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Incivilités

Les vacances et le voyage sont désinhibants pour de nombreux touristes, d’autant plus quand ils affluent en masse, occasionnant des comportements déplacés.

Nuisances pour les habitants

  • Irrespect de la vie privée : prise en photo des locaux sans préavis, obstruction des ruelles...
  • Délires en tout genre : beuveries et enterrements de vie de jeune fille/garçon, tapages dans les appartements en location, éructations fréquentes des usagers des go-cars, tuk-tuks, etc.
  • Vacarme des valises à roulettes, Lisbonne étant entièrement pavée et les vols low-cost privilégiant les horaires extrêmes.
  • Avarice (de plus en plus courant avec le tourisme low-cost) consistant à négocier les prix et à s'attendre systématiquement à ce que le Portugal soit beaucoup moins cher que chez soi.
mas tourism
mass tourism

Tourisme moutonnier

Tout groupe de plus d’une vingtaine de touristes (ceux charriés par les bateaux de croisière ou drainés par les visites gratuites dépassent facilement les 40 personnes) pose problème dans les vieux quartiers d’une ville comme Lisbonne, dont la configuration urbaine et la surface réduite ne se prêtent pas à la masse.

Nuisances pour les habitants

  • Obstruant systématiquement les ruelles étroites des vieux quartiers de par leur nombre, faisant du sur-place pour écouter leurs guides inconscients, les groupes contraignent les locaux à attendre et à se frayer un chemin avec difficulté dans leurs propres quartiers.
  • La psychologie des foules étant ce qu’elle est, les grands groupes de touristes sont très souvent bruyants, ainsi que leurs guides lorsqu’ils doivent hurler pour se faire entendre à 20 mètres à la ronde (pas de système d’oreillette durant une visite gratuite par exemple).

Désagréments pour le touriste

  • Le voyage en groupe massif est l’antithèse même de l’aventure, n’autorisant aucune personnalisation, poussant aux comportements moutonniers les plus grotesques.